𝐔𝐧 𝐩𝐨𝐧𝐭, 𝐔𝐧 𝐬𝐲𝐦𝐛𝐨𝐥𝐞

Le Pont (قنطرة) de Walid Mattar (Fiction, 90′, 2024, Tunisie)

Walid Mattar réalisateur tunisien né en 1980 fait partie de la nouvelle génération de jeunes cinéastes qui ont apporté à la filmographie tunisienne un air nouveau et un souffle qui sera peut-être salvateur. Il a, à ce jour, à son actif sept courts-métrages et deux longs.

𝐋𝐞 𝐏𝐨𝐧𝐭 est son second long-métrage après 𝐕𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐮 𝐍𝐨𝐫𝐝 sorti en 2017, qui a obtenu le Tanit d’or de la première œuvre aux JCC 2017.
Là, il récidive et obtient le Prix National lors de la 35ème session des JCC 2024.
Contrairement à 𝐕𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐮 𝐍𝐨𝐫𝐝 qui est un film purement social décrivant la vie ouvrière, 𝐋𝐞 𝐏𝐨𝐧𝐭 est un film grand public, voulu ainsi par le réalisateur.
Et c’est une réussite.

Grand public mais non pas burlesque.
C’est une comédie dramatique dans la pure tradition des comédies à l’italienne.
Walid Mattar montre une réalité sociale assez dure mais en l’accompagnant d’un ton léger qui fait passer la pilule sans pour autant esquiver le problème réel.

Nos personnages héros sont trois jeunes, deux jeunes hommes et une jeune fille.
Tunisiens pur jus. De ces jeunes que nous voyons de nos jours qui veulent s’enrichir très vite car ils sont irrémédiablement formatés par ce qu’ils voient et lisent sur leurs réseaux sociaux.

Ils ne sont ni marginaux, ni délinquants. Ils ont un travail ou une occupation : Tarak – Saif Omrane – ou Tita son nom de scène a une boutique de réparation de téléphones mais rêve de devenir un rappeur connu et salué; Foued – Mohamed Amine Hamzaoui – est photographe et rêve d’être recruté par une maison de production ou autre; Safa – Sarra Hannachi – est étudiante et pour arrondir ses fins de mois elle est instagrameuse vendant des petits bijoux qu’elle fabrique et rêve de réussir.

Des jeunes tout à fait dans les normes qui rêvent de réussite, de vie meilleure. Mais voilà, ils sont de l’autre côté de ce pont symbole. Ils sont du mauvais côté. Et ils vont le traverser ce pont pour aller chercher cette richesse dont ils rêvent, réaliser ces rêves qui les habitent. Mais la réalité est autre. Elle est dure et sauter les disparités sociales ce n’est ni évident ni possible. Ils vont se heurter à un système brutal dépourvu de règles, – où entre autres choses on abat les chiens d’une façon inhumaine car ils ne cadrent pas dans l’image que donne le pays – à la corruption, aux petites manigances. Ils sont naïfs, innocents, sincères, inadaptés à ce monde dur et effroyable.

Un film coup de poing mais subtilement. Il nous fait rire mais aussi réfléchir. Les personnages sont attachants et les acteurs, par une maîtrise parfaite de la direction d’acteurs, sont magnifiques de vérité. Leurs visages sans paroles expriment cette naïveté et cette innocence dont nous parlons plus haut et chapeau bas à Sarra Hannachi qui crève l’écran de réalisme et de vérité.

Un film sans discours ni slogans qui réussit néanmoins à faire parvenir son message et à nous faire passer un moment très agréable de partage culturel édifiant et salutaire.

 

Ilhem Abdelkèfi.

Laisser un commentaire

A PROPOS

L'ATPCC, fondée le 4 mars 1986 et affiliée à la FIPRESCI et à la FACC, est un organisme indépendant dont l'objectif est de créer un environnement propice à la production en matière de critique cinématographique…

ATPCC | 1986 - 2025