𝐌𝐞̀ 𝐞𝐥 𝐀𝐢̈𝐧, 𝐂𝐥𝐚𝐢𝐫-𝐨𝐛𝐬𝐜𝐮𝐫 

Mè el Aïn (Who Do I Belong To / La Source / ماء العين) de Meryam Joobeur (Fiction, 118′, 2024, Tunisie)
Avec ce premier long-métrage après le magnifique court 𝐁𝐫𝐨𝐭𝐡𝐞𝐫𝐡𝐨𝐨𝐝, Meryam Joobeur nous donne à voir une expérience cinématographique nouvelle et déroutante, à la fois pesante et étouffante.
Une famille ou ce qu’il en reste dans un village loin de tout au nord de la Tunisie, en une zone sinueuse entre mer et terre, un littoral époustouflant de beauté naturelle et sauvage.
La mère, personnage clé, le mari et leur jeune garçon qui vivent un drame, le départ des deux aînés de la famille vers le jihad.
Une famille de taiseux, personnages fragiles, perdus devant ce départ incompréhensible, reproché à la mère par le père, clin d’œil à la situation des femme toujours responsables de tous les maux de la terre.
Mais penser le film comme un réquisitoire et dénonciation du terrorisme serait réducteur.
Le propos du film est ailleurs. Il est dans cette quête de l’être humain à vouloir comprendre ce qu’il se passe et le pourquoi des choses qui nous arrivent.
Il est dans la recherche d’une explication pour comprendre l’indescriptible et l’incompréhensible et le trauma et la béance que cela peut causer.
Et lors de cette quête, la réalisatrice nous emmène dans un voyage fantastique, onirique dans un cinéma de genre voulu et revendiqué.
Un drame social en forme de conte en trois chapitres, un conte hors du temps entre le fantastique et la réalité.
Avec un onirisme de la mise en images et une mise en scène magnifique de justesse et de beauté, la réalisatrice nous livre avec une caméra très subjective des scènes où s’entremêlent la réalité, les visions, les rêves et les récits fantastiques.
Des va et vient entre arrière-plans flous et gros plans sur les visages surtout celui de la mère ou flou du visage et netteté du paysage aux alentours qui empruntent à une esthétique d’une grande maîtrise et sensibilité.
Une lumière dramatique, des couleurs chatoyantes et une photographie remarquable.
Un film naturaliste qui a réussi à restituer une certaine réalité et stylisé, conventionnel et irréel.
Ilhem Abdelkèfi

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