Hanami de Denise Fernandes (Fiction, 96′, Cap Vert)
Prix de la première œuvre Tahar Cheriaa (TV5Monde) aux Journées Cinématographiques de Carthage 2024.

Le film se situe sur l’île de Fogo au Cap-Vert et retrace le parcours d’une jeune fille depuis son enfance. Vivant dans un milieu naturel constitué de volcans et de désert au sable noir, ses jeux simples compris entre coquillages, poules, poussins et œufs pondus qu’elle va ramasser… Des conditions de vie simples pour ne pas dire pauvres, parce que réduites à l’essentiel, l’enfant évolue dans une ambiance décrite avec candeur, douceur et une magie opérante malgré l’austérité du milieu et la rudesse de la nature. Dans l’univers de Nana, la part du jeu et de la rêverie occupent une grande place à tel point qu’on ne sentait pas la solitude de l’enfant dont la mère était partie vers d’autres cieux plus cléments.
Les maisonnettes aux couleurs vives parsèment le sombre paysage volcanique qui se détache tel un monstre sur un ciel clair et lumineux. Dans cette ambiance austère et silencieuse parce que peu de dialogue entre l’héroïne et les adultes, il y a la lumière tendre des regards et des sourires des femmes. L’enfant grandit, fait ses devoirs de classe, vend ses gâteaux dans la petite épicerie et parfois les offre. Un beau jour, Nana reçoit la visite de sa mère Nia. Celle-ci lui propose d’aller vivre avec elle, parce que ses conditions de vie le lui permettent à présent, mais la jeune fille répond qu’elle est bien là où elle est.
La lenteur de ce long métrage est déjà un langage cinématographique exprimant la monotonie d’une vie sans nouveauté, réduite à l’essentiel. Cette lenteur voulue est en vérité au service de la notion japonaise que porte le titre du film. Au Japon, ce mot « Hanami » invite à contempler l’action des fleurs de cerisiers en train de tomber de l’arbre comme de la pluie. Dans le film, entouré de mer, au milieu d’une nature où domine une imposante taille de volcans en dormance, la caméra de Denise Fernandes nous gratifie d’images de nature à couper le souffle.

Les couleurs des toits des maisonnettes, de la minuscule épicerie et celles des objets, habits… deviennent si vives en contraste avec le sombre des flancs des montagnes alentour, c’est lumineux et joyeux comme dans un conte de fée. Avec le choix d’une telle mise en scène, une répartition des contrastes de couleurs, plans d’ensemble et gros plans des deux personnages, le film retient le souffle jusqu’à nous faire oublier l’aspect dramatique du récit.
Même si un montage fragmenté des images se fait sentir dans la première partie du film, cet aspect ajoute un caractère enjoué et léger propre à l’enfance face à la platitude des jours. Film émouvant, de haute teneur esthétique, dans lequel l’idée du regard émerveillé projeté sur l’environnement immédiat constitue un concept majeur. Digne d’un véritable chef d’œuvre, «Hanami» avec un brin de mélancolie touche l’âme. Les subtilités qui y sont contenues méritent tous les éloges et annoncent la naissance d’une réalisatrice qui promet.
Amel Bouslama.